Y a quoi après ?
Posté le 5 janvier 2010
Classé dans Bordel de couilles vertes ! | Un Seul commentaire on a connu mieux.
Souillon est mort, vive Souillon… J’ai bu trois bières, réparties sur deux réveillons, c’est officiel, j’ai arrêté de boire, c’est ça ou c’est l’âge, je vois rien d’autre. Pas de vœux pour les lecteurs déserteurs, pas de résolutions, continuer à vivre peut-être, c’est bien suffisant, c’est déjà assez difficile à tenir. Je vivote, mais qui sont les connards qui empoisonnent les chats ? Où est passée l’humanité là dedans ? Et ça s’imagine respectable “voyez madame, je suis un homme respectable, après, les chats, je les aime pas, c’est comme ça madame, on peut pas aimer tout le monde…”. Pauvre type, Souillon avait quatre mois, sur la neige il ressemblait à une tache de soleil. Le réveillon de Noël était nul à chier, ça valait bien la peine d’essayer de se réconcilier avec des cons… Maman ne veut plus de chats, plus jamais elle a dit, elle peut pas tirer un trait sur l’œil glauque de Souillon, déjà qu’elle avait pas digéré la mort d’Hercule. C’est la crise, pour les gens, pour les chats, j’ai pris la bretelle de gauche…
Je ne trouve plus le sommeil, je m’imagine à Saint Nazaire, à Lunéville, à Strasbourg, à Liège, à Paris, partout ailleurs, dans d’autres lits. Ils ont pris la bretelle de droite… L’indispensabilité de chaque être aux yeux d’un autre est toute relative et somme toute momentanée. Ils mangent des sushis, ils parlent de la culture des légumes goûteux, ils vomissent sur l’humanité dans son ensemble, sans raison mais avec d’autres. C’est comme ça… Pendant ce temps là, il faut garder la tête hors de la gadoue, mais c’est qu’elle colle la salope ! Se raccrocher au matériel, au pognon, à ce qui est déjà acquis. Un jour, je vais me réveiller vieille, finie et nulle part, c’est ça de penser à l’avenir en employant l’imparfait. J’ai une nouvelle télé, je ne la regardais jamais, ça n’a pas changé. Tant d’objets cache-misère. Je vous en prie, venez me cambrioler, j’habite au numéro 3, je ne ferme pas la porte, servez-vous, c’est gratuit, offrez-moi la liberté. Ce que c’est triste un trou vide, je me demande au bout de combien de temps ça se referme. Pendant ce temps là, je me concentre et prends la bretelle de gauche.
Alors c’est vrai, on s’est pas concertés, mais j’ai décidé que c’était à droite que t’allais aller, si t’évites pas les bouchons, t’arriveras en retard, moi je m’en fous, je suis en retard à jamais. Les trains, ils s’arrêtent jamais, est-ce qu’un train pense ? Est-ce qu’il en a jamais marre de rouler ? D’un point à un autre j’aime à m’endormir en écoutant le cliquetis des rails, une berceuse soporifique, je me fous qu’on me regarde, qu’on me voie. Oui, je m’en branle, comme je me branle du fait que vous considériez ma corpulence comme une insulte à la société moderne. Je suis donc je mange, je mange donc je suis, et je compte bien jouir de ce plaisir encore longtemps, n’en déplaise à vos carcasses entretenues au vide. M’est-il donc interdit de vomir sur mon propre journal ? L’autocensure, quelle connerie, mais quelle daube putride je te jure, gueule un coup, ça déconstipe… Et ces cheveux qui poussent, je suis encore trop bête, fallait que je m’aligne, que je rentre dans le moule d’une façon ou d’une autre et puisque mes hanches refusent de s’y glisser, c’est ma tête qui fera illusion. C’est comment le paradis des chats, Souillon ? Y a aussi des autoroutes ? Parce que si c’est le cas, je prendrai la bretelle de gauche.
C’est comme ça, je me saborde, ça fait un bien fou de savoir que je ne finirai pas mon puzzle, mais fallait dégainer avant bougre de mou. De toute façon, j’ai plus envie de voler, j’ai plus l’âge. Si je tombe, je me casse en mille, ça te ferait marrer ? Et y a pas de colle qui tienne, la colle c’est qu’une solution à l’imperfection, à la fragilité. Hé le vieux ? Ca fait quoi d’être mort ? Est-ce qu’on les voit, les gens chialer sur nos tombes ? Ce défilé de culs serrés en représentation d’eux-mêmes, ne se sent-on pas vivant lorsqu’on pleure le départ de quelqu’un ? Mais faudrait voir à pas y aller trop fort quand même, se ridiculiser en public, quelle honte. Merde, je gamberge sur la mort, cette année commence bien, les fêtes sont derrière, c’est formidable. Elles sont aussi devant, la perspective des cinquante Noëls à venir me donne envie de prendre la tangente. Merde, j’ai vraiment plus envie de m’aligner, les fêtes, les mariages, les chiards qui naissent, la sacro-sainte famille, je n’en ai strictement rien à foutre, laissez-moi vivre comme je l’entends, je ne fais de mal à personne en étant absente. Vous ferez bien sans moi, je vous l’ai dit, l’indispensabilité n’est qu’une illusion fugace, vous me remplacerez bien en temps voulu, lorsque vous m’aurez usée jusqu’à l’os. J’ai envie de m’enfuir, de prendre la bretelle de gauche.
Je ne te rattraperais pas si tu t’en vas, il en viendra bien d’autres, tant pis pour toi, j’ai pas l’intention de faire un pas de plus, t’as assez de cartes en mains pour que je n’aie pas à me foutre à poil sous prétexte que t’es dur de la feuille. Et Souillon fait un pied de nez à l’existence, la dernière marque qu’il m’a laissée s’efface, elle date de Noël. Noël, faut toujours qu’on y revienne, merde à l’hiver. Me souviendrai-je de Souillon quand il sera temps pour moi de lever le majeur une dernière fois ? Oublierai-je Hercule ? Pacha ? Farah ? Le chat sourd ? Eliott et tous les autres ? J’irai pisser sur la tombe des empoisonneurs de chats, ça me fera un but dans la vie tiens, un fil invisible pour marcher en rang avec tous les autres pantins. Janvier tombe à l’eau, ça tombe à pic, je ne savais pas comment te le dire, finalement c’était peut-être pas une bonne idée. J’en ai gros sur la patate, de quoi passer une journée à étaler dans le désordre tout ce qui bouffe mon sommeil. Ceci dit, j’ai même plus envie de causer, les banalités, c’est bien plus marrant, ça sert à rien de s’inquiéter pour moi, je vais bien, je vis, c’est le principal. Que je vive et que j’emprunte la bretelle de gauche, histoire de me couper l’herbe sous le pied. On sait jamais qu’elle se serait mise à pousser cette conne. Quelle idée, allons bon, vous savez de toute façon que j’excelle dans l’art de faire les mauvais choix, c’est pour ça que j’irai à gauche, un point c’est tout, j’ai décidé…
*Gron*
Posté le 18 décembre 2009
Classé dans Bordel de couilles vertes ! | 2 Commentaires, voilà qui est mieux !
J’aime pas l’hiver !
J’aime paaaaaaaas la neige ><”
Je veux hiberner, je veux aller dans le sud !! *gron*
J’ai toujours préféré les voisins aux voisines.
Posté le 19 novembre 2009
Classé dans Me, Myself and I | Snif, pas de commentaire...
C’est qu’il y a eu du changement par chez moi depuis la dernière fois où je suis venue causer de ma vie. Peut-être vous souvenez-vous d’un article où je détaillais mon “immeuble” et mes voisins. C’était il y a deux ans, et nombreuses ont été les mouvances depuis lors. Entre temps, il y a eu une petite période de flottement, où les choses sont restées les mêmes, quelques mois durant : les mêmes voisins, et l’absence de travaux intempestifs du propriétaire. La situation idéale ? C’eût été trop simple…
Les voisins, parlons-en puisque nous sommes en plein dans le sujet. Qui ne s’est jamais plaint d’un voisin trop bruyant, malpoli voire complètement dérangé du bulbe ? Il faut que je vous l’avoue, j’ai eu de la chance pendant toutes ces années : tous les résidents de l’immeuble m’ont toujours saluée dans la cage d’escaliers. Et mis à part les quelques débordements du polonais d’en haut, je n’avais pas à me plaindre. A cela près qu’il y a toujours ces gens trop parfaits pour débarquer dans votre vie lorsque vous n’avez rien demandé.
Je me souviens du jour où elle est arrivée, j’étais à Strasbourg et le gros m’avait appelée pour me dire : “j’ai rencontré la nouvelle voisine, une fille charmante, elle m’a invité à dîner vendredi”. J’étais loin d’imaginer la suite. Au retour de mon voyage, elle est venue se présenter : “bonjour, je suis la nouvelle voisine, le gros a dû vous parler de moi, ça vous dirait de venir dîner la semaine prochaine ?”. Charmante en effet que cette grande blonde un peu forte au sourire sans âge. Nous avons donc dîné chez elle et sommes passés au tutoiement de rigueur. Il fallait voir son appartement, j’y avais vécu une année : un truc tout petit et sombre qu’elle avait transformé en ode à la propreté et à l’ordre. Vous dire que je n’ai pas ressenti de la jalousie dans cet espace épuré, médical et impersonnel serait vous mentir. J’ai toujours rêvé d’un espace à vivre relativement vide, difficile à imaginer quand comme moi on ressent de la tristesse à l’idée de jeter un vieux bout de papier.
Les mois ont passé et la voisine s’est fait de plus en plus présente. Malgré sa gentillesse et sa bienveillance, je ne me suis jamais sentie à l’aise avec elle, je n’ai jamais rien eu à lui dire, plutôt étonnant quand on connaît les discussions que je peux avoir avec des gens que je connais à peine. Je me contentais de répondre à ses invitations et de hocher la tête au bon moment lorsqu’elle me contait ses déboires amoureux et autres problèmes de santé. Mais quand elle venait frapper à la porte, j’étais bien souvent tiraillée entre la politesse de rigueur et l’envie de faire semblant d’être absente. Jamais je ne l’ai invitée à entrer naturellement, nos contacts se limitaient à l’intimité de son appartement, et à la cage d’escalier. Sentir son regard sur l’imperfection de mon intérieur, les poils de chats et les papiers pas rangés m’était difficile. Aussi, lorsque je rentrais chez moi, je prenais soin de ne pas faire de bruit, de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas qu’elle soupçonne ma présence.
A quoi bon être hypocrite me direz-vous ? C’est la question que je me suis souvent posée à son propos. En règle générale, les gens qui me saoulent ne passent pas le pas de ma porte, et il est impensable que j’aille dîner chez eux. Seulement, elle parlait de notre vague copinage comme d’une amitié à part entière, en guise de réponse, je lui offrais le sourire forcé dont j’ai le secret. Il est difficile de rejeter une personne qui se dit être votre amie, tenir à vous, même si vous n’avez aucune affinité avec elle. Voilà comment j’ai vécu l’année où elle a été ma voisine de palier.
Oui, j’ai bondi intérieurement le jour où elle m’a annoncé qu’elle devait partir. Je me suis arrangée pour passer le week-end ailleurs lorsqu’elle a déménagé, afin de ne pas avoir à l’aider, j’ai volontairement oublié de lui laisser une adresse mail où me contacter. C’est malpoli, je l’avoue, je pensais ne plus avoir à la recroiser de toute ma vie, quelle libération.
Sa remplaçante est arrivée, discrète, j’ai tout de suite senti qu’elle n’allait pas chercher à être amie avec moi. Quel plaisir de pouvoir glisser la clé dans la serrure sans avoir la peur au ventre que la porte ne s’ouvre sur une hypothétique invitation à dîner. Quel bonheur ! De courte durée vous vous en doutez, à quoi bon pondre un article sur un fantôme du passé. Hier soir, après avoir fait un tour en ville, je rentre chez moi et croise la nouvelle voisine qui engage timidement la conversation à propos de mes chats, ces gros squatteurs qui viennent boire du lait chez elle quand j’ai le dos tourné. Je suis rassurée, elle semble les aimer. Je lui explique alors qu’ils ont toujours eu l’habitude d’entrer dans son appartement, puisqu’il a été occupé par des filles que j’ai fréquenté quatre années durant. “Ah oui, vous parlez sans doute de “ancienne voisine”, elle vient justement dîner à la maison ce soir”. Enfer et damnation, voilà que mon bon vieux démon aseptisé faisait son grand retour. Et qu’elle copinait avec ma nouvelle voisine, un peu plus et on se croirait dans un Woody Allen.
J’ai donc dit au gros de faire le mort, de ne pas ouvrir la porte si on y frappe, de faire le moins de bruit possible, flûte, je me croyais débarrassée d’elle ! Mais, quand à 22 h le bruit de la porte a retenti (pile au moment où je m’allongeais en pyjama pour regarder un film) je n’ai pas pu me retenir d’aller ouvrir. “Oh “ancienne voisine” quelle surprise, mais que fais-tu là ?”. Elle m’explique donc qu’elle est désormais amie avec la nouvelle et qu’elle a cherché à me joindre sur mon téléphone fixe. Je n’ai pas eu à mentir, j’étais absente. Elle pénètre dans mon appartement, je suis en pyjama, les cheveux pas lavés d’une semaine, le sol jonché de poussière et de poils, une pauvre tasse de thé à la main. Je n’ai même pas pensé à lui offrir à boire, ce n’est pas naturel pour moi d’offrir à boire à quelqu’un que je n’ai pas envie de voir. “Il faut absolument que je vous invite dans mon nouveau chez moi, le plus vite possible, vous me manquez mes amis”. J’ai réussi à repousser l’échéance jusqu’à janvier, en espérant que d’ici là elle m’oublie, je n’ai qu’un faible espoir, mais ne dit on pas que l’espoir fair vivre ? Le cauchemar est de retour, je songe à changer d’identité d’ici peu.
L’étranger
Posté le 19 novembre 2009
Classé dans Je pense donc j'écris. | Snif, pas de commentaire...
Texte du 1er septembre 2009
Il y avait eu l’été, et ma tronche sur le bitume, comme cassée en mille. J’étais incapable de recoller les morceaux, ils gesticulaient, répugnants tout autour de mon visage écorché. C’était triste, merdique, un tableau dérangeant, poisseux au toucher. Je n’avais pas réussi à gueuler, il y a des moments où ça ne veut pas sortir, où les cris restent dans le bide et frappent à grands coups de poing sans pourtant réussir à se matérialiser. C’était comme ça, personne n’allait pouvoir m’aider. Il y avait eu l’été, ma tronche, le bitume, les morceaux qui dansaient, cyniques. Ce sentiment d’abandon, omniprésent, la plus grande de mes craintes, la rupture, la solitude, le néant. Comme dans un cauchemar dont on ne peut pas se réveiller. Mais il restait la volonté, celle de se sortir de ce traquenard, de happer l’oxygène d’une bouffée, de remonter à la surface. J’étais tel le poisson hors de l’eau, se débattant au bout de son fil, l’enfant qui vient de naître, j’avais les poumons englués.
J’étais dans un train. Une voix lointaine annonçait « Mesdames et messieurs, dans quelques instants, nous arriverons en gare de Nancy. Nancy, cinq minutes d’arrêt. Veuillez ne rien oublier dans le train. La SNCF et son personnel d’accompagnement vous remercient ». J’étais vivante. Je touchai mon visage, tout était intact, à sa place. Il me fallait réussir à sortir de ce train. On m’attendait en gare de Nancy. J’y avais été invitée par Fabien et toute sa bande. Quatre mois que je n’étais pas sortie de chez moi, cherchant désespérément à me complaire dans une vie qui n’était pas la mienne. Une vie qui n’en était pas une, enfermée dans une prison dorée avec interdiction d’exprimer mon ressenti.
J’aimais beaucoup me rendre là-bas. Il y régnait une atmosphère apaisante, je m’y sentais entourée, comprise, peut-être même appréciée, osons les grands mots. Je descendis du train, la bouche collante, je marchai sans m’en rendre compte, comme tirée par une corde invisible. Je ne savais pas si j’avais envie de les revoir, envie de sortir de ma bulle pour mieux y retourner ensuite, pleine d’espoirs avortés. Ils étaient là, en bande, comme d’habitude, ils se déplaçaient rarement seuls et prenaient leur importance uniquement entourés d’autres. Ces visages familiers me rassurèrent. J’avais assurément rêvé, il fallait désormais que j’apprenne à ne plus m’assoupir dans les transports en commun. Tous me saluèrent. Tout à gauche, à l’extrémité de la ligne droite que le groupe formait, se trouvait quelqu’un d’autre, quelqu’un que je n’avais jamais rencontré. Il me salua « je suis l’étranger, rappelle-toi, nous ne devions pas nous rencontrer ».
Il était 15 h 39.
Nous avons marché, fait une halte au bord de la rivière, il faisait beau, c’était la première fois de l’année que je voyais le soleil. J’étais aveuglée et revigorée à la fois. Sur le chemin du retour, je sentis enfin mes pieds, ces pieds répondaient à un signal émis par mon cerveau. J’étais en vie. Nous avons mangé, tous ensemble, je n’ai pas le souvenir d’avoir dit la moindre chose pendant le repas, j’avais tellement faim. Des groupes se formèrent, je n’étais nulle part, je planais, seule au beau milieu de quinze enveloppes de chair que je ne reconnaissais pas. Le cauchemar allait recommencer. Je m’approchai de l’étranger. « Excuse-moi » dis-je. « Je peux m’asseoir ? Je crois que je ne me sens pas bien ». Je m’endormis sur le canapé, le regard de l’étranger me poursuivait. D’apparence calme, je voyais au fond de lui comme à travers une fenêtre ouverte. J’y voyais de la tristesse, de la solitude, de la volonté, de l’espoir. Ce putain d’espoir qui me faisait défaut. Prise d’un élan de jalousie, je me réveillai pour la quatrième fois de la journée et m’enfuis ailleurs, là où il n’y avait personne. Je posai ma tête sur mes genoux. Des larmes chaudes dégoulinèrent et vinrent réchauffer mes pieds glacés.
Il était 19 h 15.
La porte craqua, je ne relevai pas la tête. Un bras s’enroula autour de mes épaules, un bras chaud et rassurant, celui de l’étranger. Il avait enfermé ma main dans la sienne. Je calai les battements de mon cœur aux siens. En cet instant précis, j’eus envie de tracer un trait sur ma vie passée. En cet instant précis, je me sentais merveilleusement bien, comme irradiée de bonheur. Ainsi était-il donc si facile à atteindre ? Deux heures passèrent en une fraction de seconde. La soirée fila sous mes yeux. Il était l’heure de se coucher d’ailleurs.
Il était 22 h 35.
Il y avait eu l’été, et ma tronche sur le bitume, comme cassée en mille. Cette fois, les morceaux ne dansaient plus. L’étranger les ramassait délicatement. Je n’avais pas mal, je n’avais plus mal, je le regardais recomposer le puzzle de mes traits. J’eus la soudaine impression d’être moins vilaine. Une fois mon visage recollé, l’étranger disparut. Je me réveillai, dans la pénombre, je vis l’étranger dormir paisiblement soulevant de sa respiration la couette qui le recouvrait.
Il était 6 h 12.
Après cette nuit, je n’ai plus adressé la parole à l’étranger. Persuadée qu’il avait été le témoin de mon rêve récurrent, je me sentais gênée, sale. La semaine se termina presque comme elle avait commencé. Il y avait les autres, et moi. Moi, et les autres. Je crois me souvenir que je m’étais tout de même bien amusée.
C’était un autre jour, je ne me souviens plus de l’heure exacte.
La dernière soirée était morne. Nous savions tous que nous allions repartir et cherchions en vain à l’oublier. J’avais été minable, toute cette semaine, je l’avais passée à côté et non avec. J’avais tiré la langue à mon destin en pensant bien fort « je t’emmerde, ce n’est pas demain la vieille que tu me rendras heureuse, je préfère encore rentrer chez moi, au moins, je sais ce qui m’y attend ». Les effluves de l’alcool envahissaient la pièce, envahissaient mon corps, ma tête. Je me sentais libre de mes mouvements. J’avais envie, oui, envie de croire qu’il m’était possible de recommencer ailleurs. Puis, il y avait eu sa tronche sur le bitume, le sang qui pisse sans s’arrêter, l’hôpital de nuit. Ce pauvre type qui tremblait en tenant son menton, le seul con à n’avoir pas bu le moindre verre s’était mangé la gueule comme un sac de merde sur le trottoir.
Il était 4 h 20
Nous avons raccompagné l’éclopé chez lui, regagné la maison de Fabien, en silence. Ca se passe toujours comme ça les dernières soirées, on imagine que ce sera parfait et au mieux on s’ennuie, au pire, on frôle la catastrophe. Nous étions fatigués. Je me suis couchée à côté de l’étranger, prise de hauts le cœur, de tremblements, d’une envie irrépressible de me gifler jusqu’à faire jaillir le sang de mes joues. Une fois n’est pas coutume, je me suis liquéfiée, hoquetant, j’ai pleuré toutes les larmes de mon cœur dans les bras de l’étranger qui dormait. J’ai agrippé sa main, je l’ai pressée contre la mienne, il ne s’est pas réveillé.
Il était 6 h 13.
Il y avait eu l’été, et ma tronche sur le bitume, comme cassée en mille. Les morceaux me narguaient dansant sur le corps inanimé de l’étranger. Il régnait une odeur de putréfaction semblable à celle de la chair de poulet crue fermentée au soleil. Je n’avais rien dans le bide, rien à gerber, rien que du vide. De mon visage s’échappait un sang épais, les morceaux étaient partis. Des vers grouillaient à présent sur le corps de l’étranger. Je m’allongeai à ses côtés, sa peau gonfla, se craquela et il disparut laissant pour seule trace une plaie béante dans mon cœur.
Il était 6 h 45.
Il y avait eu l’été, et ma tronche sur le bitume, comme cassée en mille. Il y avait eu l’été, et ma tronche sur le bitume. Il y avait eu l’été. Il y avait eu l’été, et les bras rassurants de l’étranger.
Parce qu’il ne faut jamais dire jamais.
Posté le 19 novembre 2009
Classé dans Elucubrations du Kebab | Snif, pas de commentaire...
Je rouvre le kebab. Ces trois mois sans m’auront permis de me retrouver un peu.
Il m’arrive souvent de faire fausse route et de m’égarer dans les méandres de mes pensées, particulièrement lorsqu’elles sont négatives. Parfois, j’imagine qu’il me suffirait de changer pour que le monde tourne mieux. Devenir ce que l’autre avec un grand A voudrait que je sois par facilité : je m’en foutiste et gaie. J’en suis incapable. Et alors ?
Et alors, en effet, et alors pourquoi ne me prendrait-on pas telle que je suis ? Avec mes doutes et mes inquiétudes. Il est des jours où j’ose espérer que cela reste possible, être aimée (ou pas) pour ce que je suis. On m’a dit, il y a peu : “à quoi bon chercher à s’éviter ?”. Mine de rien, j’ai perçu ces mots comme un électrochoc ; à quoi bon effectivement si ce n’est fermer encore un peu plus la porte à d’hypothétiques bonnes surprises.
J’ai envie d’y croire encore un peu. Je vous invite donc à vous essuyer les pieds et à entrer pour une énième fois dans mon petit monde.